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| Histoire
* Istor
Ogée (1779) |
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Corseul; sur une hauteur, à 4 lieues au S.-S.-O. de Saint-Malo, son évêché; à 12 lieues de Rennes, et à 2 lieues 1/2 de Dinan, sa subdélégation et son ressort. Cette paroisse relève du roi. On y compte 3600 communiants. La cure est présentée par l’abbé de Beaulieu. Ce territoire renferme quelques bonnes terres, le bois du Parc, qui peut avoir une lieue de circuit, et des landes, comme presque partout ailleurs, en très-grande quantité. Corseul est une paroisse très-remarquable par les antiquités qu'elle renferme, et les ruines des anciens monuments qu’on y découvre tous les jours. Les savants, et même de célèbres académiciens, fondés sur la conformité du mot Corseul avec celui de Curiosolites, ont pensé que c’était autrefois la capitale du peuple connu en Bretagne sous cette dénomination; mais ce serait une témérité de prononcer là-dessus d’une manière décisive; nos connaissances sur ce point sont très-incertaines, et les conjectures à cet égard pourraient être détruites par d’autres, qui ne sont pas en moindre quantité et moins satisfaisantes. Je ne suis pas méme de l’avis de ceux qui pensent que c’était une ville des Curiosolites, et je crois avoir appuyé mon sentiment d'assez bonnes raisons. (Voy. la dissertation qui se trouve page 79 de l’Abrégé de l'histoire de Bretagne, en tête de ce Dictionnaire.) Je m'en tiendrai là, jusqu’à ce que de nouvelles découvertes aient fixé les idées du public sur les premiers habitants de ce lieu, et je me contenterai de rapporter ce qu’on en a dit dans les derniers temps. En 1709, M. le Pelletier de Souzi chargea un ingénieur de Saint-Malo de se transporter sur les lieux, pour y examiner, avec tout le soin possible, les ruines indiquées, et d’en faire le détail le plus circonstancié. L’ingénieur se rendit à Corseul, et envoya à l'Académie le mémoire suivant : Mémoire sur les vestiges d’antiquités que l'on trouve au village de Corseul, en Bretagne. " Ce village est certainement sur les ruines d’une ville considérable, comme il parait dans la grande quantité des restes de murailles que l’on trouve dans les champs et dans les jardins, à quatre et cinq pieds de profondeur dans la terre. Son église a été sûrement bâtie des débris de quelques grands édifices; car on voit en différents endroits des tambours de colonnes, de même grosseur que ceux des piliers qui forment les ailes du chœur; tels sont ceux qui sont à trois cents pas de l'église, au milieu du grand chemin de Dinan, auprès desquels est une base de profil atticurge, de trois pieds six pouces de diamètre, avec environ un pied de fut cannelé en spirale; mais ce qui est de plus remarquable est une grande pierre, de cinq pieds de long sur trois de largeur et d'épaisseur, que l'on a tirée d'un tombeau pour en faire un octogone, auquel on a laissé une face plus large que celles qui lui répondent, pour conserver une inscription latine, telle qu'elle est figurée dans la copie suivante :
--------------- Note de renvoi d'Ogée, par Marteville et Varin (1843) : (1) L’inscription que donne ici Ogée a été reproduite dans beaucoup d’ouvrages, et notamment dans1'Histoire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (t, p. 295). Deux erreurs principales sont à signaler dans le texte ci-dessus. D. M. S. signifie, selon les principes les plus élémentaires du style tumulaire : Diis maniibus sacrum. Or, cette dédicace toute païenne ne peut s’accorder avec les croix qui se trouvent entre les lettres. Ce que nous avons vu par nous-mêmes, autant que ce qui nous a été rapporté par des antiquaires en qui nous avons toute confiance, notamment par M. Lecourt de Villebassetz, nous a appris qu’il y avait entre chaque lettre une petite branche de peuplier. (Les branches out été travaillées de façon à leur donner l'aspect d'une croix. Quelques personnes, abusées par la forme de la feuille du peuplier, out cru, an contraire, y voir des cœurs. — La seconde erreur, que nous n'attribuons pas à Ogée, mais aux imprimeurs de la première édition, consiste à avoir, à la troisième ligne, substitué un O à un G. Plusieurs variantes ont été publiées sur les autres mots; mais peu d'explications complètes ont été données sur le tout. Avant de nous occuper de celles-ci, rétablissons l’inscription telle qu'elle nous semble être. D.M.S. | SILICIANA | M. G. I. D. DE DO | MO AFRKA | Les quatre lettres M. G. I. D. sont sans doute quatre initiales d'adjectifs; aussi, loin d’y voir, comme M. Mérimée, les mots Magistra Isidis dominae, interprétation bien hasardée, nous croyons être plus prés de la vérité en y lisant Mater genorosa, imitabilis, dilectissima, épithètes communes sur 1es tombeaux romains. Mais évidemment les lettres C. F. veulent bien dire, comme l'avance le méme auteur, Clarissimoe foeminoe; car on rencontre fréquemment dans les épitaphes romaines C. V. pour Clarissimo viro, et la déduction est ici tonte naturelle. M. Mérimée se demande encore si, à l'avant-dernière ligne, il n’y aurait pas L., abréviatif de Lucius, an lieu de I, abréviatif de Julius. Nous ne voyons pas par quelle raison le Januarius qui a élevé ce monument à sa mère aurait eu nom plutôt Lucius que Julius ou Junius. Selon nous cette inscription peut en définitive se rétablir comme il suit : Diis manibus sacrum. Siliciana M. G. I. D. de demo afrika, eximia pietate filium secuta, hic sita est. Vixit annos sexaginta quinque. Clarissimoe foeminoe Julius Junuarius, filius, posuit. Depuis que le Mémoire ci-dessus a été publié, une autre inscription a été découverte au château de Montafilan. Cette inscription est moins connue, et a par conséquent moins occupé les savants. M. Lecourt de la Villethassetz nous écrit à ce propos : "Le fameux château de Montafilan que quelques-uns écrivent Montasilan (Mons Silani, Mont du Barde), est situé à une forte demi-lieue de Corseul, sur un tertre en micaschiste, très-escarpé et formant une espèce de presqu'île pittoresque. Il y a eu sans doute une très-ancienne position militaire dans cet endroit, que la nature a déjà rendu d'une facile défense, car on trouve beaucoup de briques romaines ou à crochets dans le maçonnerie des tours et dans les décombres. On lit l'inscription suivante sur une pierre que l'on avait fait entrer dans la construction de la chapelle du château, et qui se trouve maintenant dans la cour, conservée par les soins du propriétaire, à qui je l'ai recommandée d'une manière toute particulière : NVM AVG DE [ SIRONA. CA ] La citation de M. Lecourt de la Villethassetz diffère de celle donnée par 1'Annuaire dinannais, qui fait aussi erreur en disant que la pierre qui porte cette inscription a disparu. Elle a été, tout récemment, transportée à la mairie de Dinan, M. de Caumont ayant envoyé, au nom de la Société de conservation des monuments historiques, les fonds nécessaires à cette petite dépense. --- L'on avait donné à cette inscription votive un sens qui conduisait sans trop d'exagération à une supposition fort ingénieuse. Attribuée à Cn. Magius de Crémone, on avait présume que Corseul était le lieu d'exil où ce citoyen romain avait été envoyé par César (Ep. Cœsaris ad Act., lib. I, 9), et que ce monument pouvait avoir été élevé par Cn. Magius lorsque son exil fut révoqué. Si, ce que nous croyons, le texte de M. Lecourt de la Villethassetz est exact, cette, hypothèse serait moins probable. (fin de la note de renvoi) --------------- Au bas du clocher de la même église, dans un trou de seize pouces en carré, on voit une inscription gothique, mais difficile à déchiffrer. Il parait en quelques endroits, à fleur de terre, un petit mur de deux pieds quatre pouces, continue en droite ligne du sud de l'église vers le nord, sur la longueur d'environ deux cent toises; il traverse le cimetière par-devant la grande porte, passe entre deux maisons, et se détache dans un champ où l'on n'a pas fait chercher, parce qu’il est trop mince pour être un mur de ville. Les paysans disent qu'il est coupé perpendiculairement par un autre mur de sept à huit pieds d'épaisseur; ils le reconnaissent par le blé qui est toujours plus court au-dessus de ce mur que dans les autres endroits. Il est assez difficile de deviner ce que c'est, vu la quantité d'autres restes de murs que l'on rencontre en fouillant dans ce champ. A l'est de ce mur est un puits creusé dans le roc, couvert d’une pierre de sept pieds de diamètre, et percée au milieu d’un trou rond de dix-huit pouces. Le grand chemin de Dinan, au sortir du village, est traversé par des restes de murs de deux à quatre pieds, éloignés les uns des autres de deux et de cinq toises. Sur le chemin, à deux cents toises de l'église, on a fouillé et l'on fouille encore dans une pièce de terre inculte, pour chercher et ramasser du tuileau à faire du ciment pour les fortifications de Saint-Malo; on y a trouvé plusieurs vestiges d'anciens bâtiments. Le premier qui fut découvert est une espèce de citerne de six pieds en carré, qui avait, du côté de l'est, une rigole, et une autre au sud, de huit pouces aussi en carré. Le pavé en est couvert d'une chape de ciment de quatre pouces d'épaisseur; au-dessus est une voûte pleine de terre. A deux toises plus haut, vers le nord, sous une pierre brute de trois pieds, il y a une pierre de taille de cinq pieds six pouces, sur quatre et demi de large, et de seize pouces d'épaisseur. On a fait fouiller à côté, pour savoir ce qu'il y avait dessous; on l'a trouvée enchâssée dans une maçonnerie faite d'une façon singulière : ce sont de petites pierres et des morceaux de tuile plate, jetés sur un enduit de ciment bien uni, et recouvert d'un autre enduit de ciment applani de même par dessus, avec plusieurs autres lits de même matière, les uns sur les autres. Après avoir démoli tout autour, on n'a trouvé que des pierres de taille plus petites, et au-dessous de la maçonnerie à chaux et à sable. A deux toises plus haut, on a trouvé, dans une espèce de chambre de douze pieds en carré, enduite de ciment, une cheminée de cinq pieds de large, qui exhalait la fumée par deux canaux d'une pièce de tuile cimentée aux deux coins. Ces canaux sont de dix-huit pouces de haut, et de six en carré aux deux côtés opposés; ils sont percés de trous carrés, longs de cinq pouces sur un et demi de large. A cinq toises de cet endroit était un petit corridor de quatre pieds de large, pavé de pierres carrées de quatre pouces, dont le grain est plus fin et la couleur plus verdâtre que celles du pays, avec un enduit de ciment par les côtés. A l'ouest de la même chambre était une espèce de canal voûté, de deux pieds de large et de deux pieds et demi de haut, avec des petits piliers de briques de neuf pouces en carré dans le milieu; un peu an-dessus est une grande pierre de taille de cinq pieds et demi en carré, épaisse de vingt pouces; à côté est un mur en demi-cercle, qui va joindre la pierre dont on a parlé, et un autre mur, de sept pieds d'épaisseur, le traverse à deux toises par derrière. Un autre, qui est nord et sud, semble venir le joindre, et celui-ci est coupé par une ouverture qu'on croit avoir été une porte dont le seuil est une pierre de cinq pieds sur quatre de large, encastrée par un bout sous un parement de grandes briques; l'autre paraît aussi avoir été encastrée. Ayant fait fouiller au-dessous jusqu'à dix pieds de profondeur, on a trouvé une arcade de briques, bouchée d'un côté de pierres de taille, et un autre mur en retour, formant un angle fort obtus. Environ à huit cents toises de l'église, au sud-est, sur une hauteur, on voit la moitié d'un temple octogone, qui subsiste encore hors de terre, de trente-un pieds de haut, revêtu, par dedans et par dehors, de petites pierres de quatre pouces en carré, taillées proprement et posées par assises réglées; le haut et le bas des angles sont écorchés, comme s'il y avait eu une base, une corniche et quelques incrustations; entre les pans de l'octogone, on remarque aussi une quantité de trous, et, aux côtés de ce temple, on découvre quelques vestiges d'une levée couverte d'un enduit de ciment appliqué sur les pierres à sec. Il paraît d'autres restes de chemin, en forme de levée, qui pourraient fort bien être l'ouvrage des Romains, depuis Corseul jusqu'à deux lieues auprès de Beau-Bois, et depuis le temple ci-dessus jusqu'à pareille distance du côte de Quévert, (l). Ce chemin est en plusieurs endroits dans son entier, quoique le plus souvent couvert de terre (2). L'an 1184, il s'éleva une contestation entre les habitants de Corseul et les moines du prieuré de Léhon, près Dinan, à l'occasion des dîmes que ces derniers avaient dans cette paroisse. Le duc Geoffroi en fut informé, et ordonna que ces moines continuassent de percevoir les dîmes, ce qui termina le différent. Le couvent de Nazareth, ordre de Saint-Dominique, situé dans ce territoire, fut fondé, l'an 1648, par la dame de Rieux, baronne de la Hunaudaye. On y connaît les maisons nobles suivantes : Montafilant, maison seigneuriale de la paroisse, est annexée à la baronnie de la Hunaudaye. C'était un partage de juveigneur, donné par les seigneurs de Dinan à un cadet de cette famille, qui en conserva le nom et les armes, que sa postérité retint aussi. C'est une terre dont la féodalité est d'une grande étendue, par la quantité de paroisses qui en relèvent en proche et arrière-fief. Cette branche de la maison de Dinan s'éteignit en 1499, au décès de Jeanne de Dinan, qui avait épousé en premières noces l'infortuné Gilles de Bretagne, et en secondes, Gui, comte de Laval. Me. Minet, avocat au Parlement de Bretagne, m'a fait la politesse de m'envoyer des détails intéressants sur cette maison et sur la paroisse. --------------- Note de renvoi d'Ogée, par Marteville et Varin (1843) : (1) Quévert est une paroisse à peu de distance de la rivière de Rance, et Beau-Bois est un château peu éloigné de la route de Dinan à Lamballe. (Voy. la Carte de Bretagne, par M. Ogée.) (Note de la lère édition.) (2) Le président de Robien (manusc. 1l, c. xvj) parle du chemin de Corseul vers Beaubois, qu'il nomme chemin de l'Estra, passant près de Jugon, et que M. Bizeul a désigné sous le nom de voie romaine de Corseul à Vannes. Le même magistrat a été le premier à mentionner la voie romaine allant d'Iffiniac à Saint-Alban, et de là, ajoute t'il, vers le chemin de l'Estra, près Corseul. C'est encore un fragment de celui que M. Bizeul a nommé voie de Carhaix à Erquy. (Voy. Carhaix.) L'abbé Ruffelet, qui en a aussi parlé (Annal.
briochines, not. 3), le prolonge de Saint-Alban à Corseul, par Plancoët.
Il ajoute à cette voie, sortant de Corseul, deux autres voies, 1'une
allant vers Dinan, et déjà observée par l'ingénieur de Saint Malo, en
1709; l' autre se dirigeant vers Dinard, à l'embouchure et sur la rive
droite de la Rance, vis-à-vis de Saint-Servan. --- Enfin, M.1'abbé Manet
a trouvé une autre Cinq voies au moins partaient donc de Corseul, et se rendaient, 1° à Rennes, 2° à Vannes; 3° à Erquy, en s'embranchant dans la voie de Carhaix à ce petit port; 4° à Saint-Servan, par Dinard; 5° aux grèves du Mont-Saint-Michel. Fin des notes de renvoi. --------------- Quoique ce citoyen respectable ne soit pas de mon avis au sujet de Corseul, je ne puis m'empêcher de rapporter ici ce qu'il en dit. La reconnaissance, l'intérêt et la satisfaction du public m'y invitent. "Le château de Montafilant (1), situé à demi-lieue de la ville des Curiosolites, par corruption Corseul, est situé dans la paroisse de Corseul, qui est d'une immense étendue, à deux grandes lieues de Dinan et une petite de Plancoët. Il est remarquable par les restes de ses fortifications antiques, qui devaient le rendre imprenable avant l'usage du canon. Les démolitions en ont été immenses, et cependant deux grandes tours en sont encore entières. Il subsiste même quelques portions des autres, ainsi que des demi-tours qui défendaient l'approche du fossé. On y remarque aussi l'entrée de plusieurs souterrains dont on ne connaît pas la direction. Dans le milieu de la cour est un puits remarquable par son immense profondeur, par sa largeur et la beauté des pierres de taille qui en forment la paroi intérieure. Il faudrait être plus connaisseur que je le suis pour pouvoir juger si ce château, qui est sûrement d'une grande antiquité, est l'ouvrage des Romains, ou bien des premiers temps gothiques ou barbares. Une chose me ferait pencher pour la construction romaine, c'est le peu de distance de la ville des Curiosolites, dont on a découvert, depuis quatre-vingt-dix ans, les restes que les terres avaient surmontés, et où il s'est trouvé une quantité immense de médailles tant du haut que du bas-empire, avec des ustensiles de toutes matières, dont l'usage est devenu inconnu (2). Une autre conjecture, c'est que le chemin ferré, via ferrea, ouvrage des Romains, dont je parlerai ailleurs, semble venir se perdre au pied du château. Il subsiste un grand champ, sous la portée du trait de Montatilant, qui s'appelle vulgairement le champ-boeuf; ce qui doit venir de campus bovis. On sait que les Romains avaient soin d'amasser du bétail de provision qu'ils conservaient pour leur usage. Il est un autre chemin des Romains qui paraît venir de Blavet, aujourd'hui le Port-Louis, dont on voit encore quelques beaux restes, et qui, après avoir traversé quelques paroisses de la dépendance de Montafilant, vient aboutir à Corseul. Le vulgaire le nomme le chemin de l'Estrac, et on prétend que ce nom vient de via strata; mais, comme il n'est point large, je penserais assez volontiers que ce nom peut lui venir de via stricta. Il est encore pavé en plusieurs endroits. --------------- (1) Voir ci-dessus, p. 202 et 203, à la note. (2) Je laisse à d'autres, plus capables et plus au fait du local que moi, le soin de détailler cette découverte. On y a trouve assez de tuiles pour faire le ciment nécessaire à la construction des murs de ville de Saint-Malo. (Note de la 1ère édition.)
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